Joseph Delaplace, Écart et distanciation dans le scherzo de la Septième symphonie de Gustave Mahler

Au coeur d'une oeuvre qui occupe une position centrale dans la production mahlérienne, le scherzo de la Symphonie n° 7 est l'un des mouvements caractéristiques d'une écriture dont on a parfois du mal à saisir les tenants et aboutissants. Cet article tente de cerner les traits saillants et le rayonnement esthétique de la partition, où une étrangeté souvent inquiétante côtoie la gaîté faussement innocente de thèmes aux allures de citations, et où le langage musical le plus savant tisse des liens aussi étroits qu'ambigus avec des matériaux au caractère exagérément populaire. La distanciation mahlérienne, face à la forme héritée du scherzo et à l'univers symphonique en général, constitue le fil conducteur des analyses, qui s'appuient notamment sur la catégorie adornienne de « variante » et sur les écritures de la répétition dont l'oeuvre se nourrit. Il s'agit, en définitive, d'interroger la modernité paradoxale de l'écriture mahlérienne, à l'aune de l'apport esthétique que constitue l'ouvrage d'Adorno consacré au compositeur.