Carlo BENZI, Rhétorique de l´alternance dans la musique contemporaine : analyse d´Éclat (1965) de Pierre Boulez

Les théories de la deuxième moitié du vingtième siècle analysent les structures des discours littéraires, leurs possibles interactions avec le public ainsi que le processus de « coopération interprétative ». La réflexion sémiologique, d´origine linguistique, considère les ouvrages artistiques comme des « textes », c´est-à-dire des « tissus de signes », caractérisés par des « figures », des régularités ou des écarts saisissables dans l´organisation des signes. Cette perspective paraît adéquate au répertoire musical contemporain, dont les pièces sont interprétables comme des enchaînements de structures sonores récurrentes. L´intérêt pour la notion de figure présente chez certains compositeurs (Boulez, Donatoni, Sciarrino, Ferneyhough) suggère que les outils rhétoriques peuvent décrire les régularités et les irrégularités des morceaux et favoriser le processus de coopération interprétative. L´analyse d´Éclat de Pierre Boulez (1965), conduite selon ces principes, se propose de saisir les structures formelles de cette pièce, en essayant de répondre aux questionnements d´un auditeur « expert », en cherchant à comprendre les stratégies adoptées par le compositeur au moment de l´écriture de la pièce. Cette hypothèse s´avère être plausible si l´on en croit les résultats d´expériences de perception conduites sur cette même pièce, qui coïncident parfaitement avec ceux relevés par l´analyse rhétorico-musicale.