Françoise DEPERSIN, Figures rhétoriques et pièces instrumentales baroques : l’exemple du Tombeau fait à Paris sur la mort de Monsieur Blancheroche de Froberger

À partir d'une étude de textes contemporains, cet article envisage la façon dont la figure de rhétorique musicale a été pensée afin de comprendre en quoi un procédé musical peut être dit « rhétorique ». Pour les deux auteurs retenus, Maugars et Descartes, la figure se présente comme un écart par rapport à une norme, suscitant pour l'auditeur la surprise d'une attente déçue. La figure de rhétorique musicale peut alors être identifiée, dans une pièce instrumentale, selon des critères uniquement musicaux, sans recours à un texte garant de sa présence. Le Tombeau de Froberger se révèle ainsi fécond en figures déjouant la norme de composition de son époque : traitement irrégulier de la dissonance, déviation des formules cadentielles attendues, provoquant chez l'auditeur tension et frustration. Cependant la norme, projetant un horizon d'attente au devant d'elle, peut être créée par l'oeuvre elle-même. De plus amples passages s'opposent ainsi, dans le Tombeau, au style luthé général de la pièce et donnent par l'étrangeté de leur écriture des indices de leur volonté représentative. L'insistante pédale finale peut alors être interprétée, en accord avec le titre « Tombeau », comme imitation du glas funèbre, tandis que la gamme descendante terminale dessine, par sa ligne, la chute dans la mort.